Après tant d’années de galère et de misère, la réalité de l’opposition politique est souvent éprouvante. Pour certains responsables, l’opposition devient même un véritable supplice. Mais une fois au pouvoir, comme le soulignait l’historien grec Thucydide, le pouvoir peut transformer les comportements : les principes et les convictions sont parfois abandonnés au profit des avantages et des privilèges de l’État. Au Sénégal les politiciens transhument comme du bétail.
On demeure parfois fidèle à ses seuls intérêts. Après quelques mois privés des privilèges liés aux fonctions publiques, certains anciens responsables pourraient regretter d’avoir s'accomoder aux humeurs labiles d'Ousmane Sonko qui, après s’être installé au perchoir de l’Assemblée nationale, semble vouloir mener une vie présidentielle.
Si ce sont leurs convictions politiques qui ont conduit certains cadres de PASTEF à démissionner par loyauté et fidélité à leur leader, ils semblent désormais se réclamer d’une règle élémentaire de la gouvernance politique : on gagne ensemble, on gouverne ensemble tant que on est ensemble.
Ceux et celles qui ont adhéré à une nouvelle vision politique et programmatique se sont, de fait, rapprochés de « Kiraay », la formation politique du président de la République. D’autres, cependant, continuent d’évoluer à la périphérie de cette nouvelle organisation, sans prendre clairement position.
Pour l’heure, peu de signes permettent de mesurer leur engagement réel dans le projet porté par le président Bassirou Diomaye Faye. Quelques ministres ont toutefois eu le courage d’assumer publiquement leur convergence avec le chef de l’État et de défendre son action gouvernementale.
C’est notamment le cas du ministre de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire, Alioune Badara Dione, qui a pris les devants à travers la plateforme Bambey-2050. Celle-ci vise à fédérer les habitants de Bambey autour des orientations et des ambitions programmatiques du président de la République à l’horizon 2050.
On peut également citer les ministres Abdourahmane Diouf et Yankhoba Diémé. Leur engagement politique connu auprès du président Faye constitue un véritable cordon républicain et patriotique destiné à soutenir l’action gouvernementale et à répondre aux oppositions politiques et idéologiques.
"Un silence devenu suspect"
Mais qu’en est-il des autres ministres, directeurs généraux et présidents de conseil d’administration ? Pourquoi certains demeurent-ils silencieux, alors même qu’ils bénéficient des avantages et des responsabilités liés à l’État ?
Ce silence, parfois pesant, alimente les interrogations. Certains responsables deviennent difficiles à joindre et semblent se détourner des nouveaux militants qui cherchent auprès d’eux des garanties, des orientations et une vision politique claire.
On ne peut durablement exercer des responsabilités publiques tout en refusant d’assumer les choix politiques qui les accompagnent. La fonction impose une cohérence entre les avantages reçus, les responsabilités exercées et le soutien au projet gouvernemental.
"Pour une majorité présidentielle assumée"
Il est temps qu’un véritable cordon républicain se mette en place et s’affirme autour d’hommes et de femmes disposant d’un crédit politique et d’une crédibilité qui ne souffrent d’aucune suspicion.
Une majorité présidentielle solide ne peut pas reposer sur des soutiens discrets, intermittents ou opportunistes. Elle doit s’appuyer sur des responsables capables de défendre publiquement l’action du président de la République, de porter son programme et d’assumer leurs convictions devant les citoyens.
Le temps du bal masqué devrait prendre fin. Ceux qui participent à la gestion du pouvoir doivent désormais clarifier leur position et dire ouvertement s’ils soutiennent réellement le projet présidentiel ou s’ils se contentent de profiter des atours de l’État.