Frapper les esprits par des réalisations pharaoniques, ou s’écarter en 2029 : le choix du président Diomaye Faye

01 - Septembre - 2026

Le passage de Pastef au gouvernement doit rester, pour beaucoup de Sénégalais, un mauvais souvenir politique. Il faut en tirer les leçons : le mouvement qui promettait une rupture profonde semble avoir révélé ses limites une fois confronté à l’exercice du pouvoir.

Pastef ressemblait à un thé déjà trop infusé : chargé de promesses, de slogans et de certitudes, mais devenu difficile à boire lorsqu’est venu le moment de gouverner. La métaphore est volontairement sévère, mais elle traduit une déception réelle. Ousmane Sonko et son équipe ont semblé découvrir les exigences de l’État au moment même où ils étaient chargés de le diriger.

Le président Bassirou Diomaye Faye a confié une part essentielle de l’appareil étatique à un homme éloigné depuis longtemps des réalités concrètes de la gestion publique et économique. Le résultat, selon nombre de Sénégalais, ne pouvait être qu’un désenchantement : des annonces nombreuses, des diagnostics alarmistes, mais trop peu de réponses concrètes aux urgences sociales.

Le Sénégal a besoin d’un État qui avance, qui produit, qui protège et qui transforme. Il ne peut se contenter de discours d’opposition prolongés depuis les institutions. Gouverner n’est pas dénoncer ; gouverner, c’est résoudre.

Une séparation devenue nécessaire

La prise de distance avec Pastef peut apparaître comme un mal nécessaire. Elle ne doit pas être perçue comme une trahison, mais comme une clarification politique. Le président de la République ne peut durablement se laisser enfermer dans les querelles partisanes, les surenchères militantes ou la communication populiste.

Créer une formation politique destinée à soutenir et à sécuriser son action relève donc d’une démarche normale. Un président doit disposer d’un instrument politique cohérent, capable de porter son projet et de défendre son bilan. Mais cela ne suffit pas : il faut surtout incarner une posture présidentielle.

Être moins bavard, refuser la polémique permanente, se tenir au-dessus de la mêlée et parler par les actes plutôt que par les promesses : voilà ce que les Sénégalais attendent désormais de Bassirou Diomaye Faye.

La priorité ne devrait pas être de répondre à Pastef ou de rivaliser avec Ousmane Sonko sur le terrain de la popularité. Elle doit être l’amélioration visible des conditions de vie : emploi, pouvoir d’achat, santé, éducation, sécurité, transports, accès à l’énergie et développement territorial.

Rompre avec la politique des annonces

À ce stade, une part importante de la population estime que les difficultés quotidiennes restent entières. Aucun secteur ne semble épargné par le sentiment de complexité, de ralentissement et d’incertitude.

Ousmane Sonko, lorsqu’il était dans l’opposition, apparaissait comme un homme de solutions immédiates. Mais après plus de deux années au sommet de l’État, le contraste entre les promesses et les résultats alimente la déception. Son passage à la Primature aura davantage été marqué, aux yeux de bon nombre de Sénégalais, par la mobilisation politique et les grands rassemblements que par des réponses durables aux problèmes sociaux.

La sortie de la Primature, suivie d’un repositionnement rapide à la tête de l’Assemblée nationale, renforce l’idée qu’il demeure avant tout dans son registre favori : le rapport de force politique, l’animation partisane et la mobilisation des militants.

Le président Diomaye Faye ne doit pas s’enfermer dans cette logique. Il ne gagnera rien à devenir une version plus modérée ou plus institutionnelle de Pastef. Il doit au contraire prouver que son projet est autonome, responsable et tourné vers les résultats.

Le temps des grands travaux

Bassirou Diomaye Faye doit désormais frapper les esprits par des réalisations concrètes, visibles et structurantes. Abdoulaye Wade comme Macky Sall, malgré leurs erreurs et leurs calculs politiques, ont laissé un bilan matériel que nul ne peut totalement ignorer : routes, infrastructures, équipements publics, modernisation urbaine et projets d’envergure.

Le président actuel doit s’inspirer de cette capacité à imprimer une marque dans le paysage national, sans reproduire les dérives du passé. Il lui reste du temps, mais ce temps se réduit. D’ici à [2029], il devra accélérer le rythme, engager des projets majeurs et produire des résultats mesurables dans la vie des Sénégalais.

KIRAAY doit devenir autre chose qu’un simple prolongement ou un ersatz de Pastef. Le président doit démontrer que l’exercice du pouvoir lui a permis de se libérer des réflexes populistes et des manœuvres partisanes pour devenir un véritable chef d’État.

À défaut d’un bilan tangible, d’une rupture claire et de réalisations capables de marquer durablement les esprits, l’échéance de 2029 pourrait se transformer en rendez-vous manqué.

KMNGN

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